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Le iaido dans la culture populaire (films, mangas…)
Par Alexandre
samedi 22 août 2026
De Kill Bill à Demon Slayer, en passant par la série Shogun, le dernier Star Wars [1] ou encore le jeu vidéo Assassin’s creed Shadows (réalisé avec le soutien d’historiens et de spécialistes du Japon féodal), les samouraïs et l’art du sabre japonais sont fréquemment évoqués dans la culture pop : cinéma, animés, bandes dessinées (mangas, comics ou même BD franco-belge [2])… Avec quelle fidélité ? Le sens du spectaculaire ou du fantastique prend-il le pas sur ce qu’est véritablement le travail et la recherche d’un pratiquant de sabre japonais ? Cela dépend beaucoup des œuvres et de la profondeur de l’intérêt de leurs auteurs pour les arts martiaux en cause et pour la tradition du Budo.
Le roman La pierre et le sabre par exemple, d’Eiji Yoshikawa, relate de manière romancée l’histoire et la quête de Miyamoto Musashi, célèbre samouraï ayant véritablement existé. Son adaptation par Takehiko Inoue dans le manga Vagabond apparaît doublement fidèle, au roman d’origine (sans s’y limiter) et à la « Voie », à la finesse de la recherche martiale d’un pratiquant assidu du Budo dans une recherche permanente de perfection, de compréhension avant tout de soi et de son rapport à l’autre et à son environnement. Il n’est pas question que d’apprendre à devenir « le plus fort » ou à découper le plus de monde possible le plus vite possible !
Les films d’Akira Kurosawa sont aussi très respectueux de la voie du sabre. Derrière tel ou tel duel, par exemple dans Les sept samouraïs, on peut voir la différence entre la force tranquille, inspirée du zen, des experts, et l’apparence bravache de ceux qui jouent les « gros bras ». Entre l’être et le paraître. La sérénité du premier s’accompagne d’une lucidité permettant de « voir » : voir les failles de l’adversaire, ce qui conduit à la victoire, mais aussi la manière d’éviter le combat et une mort inutile, ce qui serait une victoire plus grande encore. L’ego de l’adversaire qui, trop rempli de certitude de soi, en devient aveugle, le conduit finalement à sa perte… Ces films sont aussi intéressants à regarder sur d’autres points, notamment dans la manière dont est mise en images la notion de « ma-ai », fondamentale en arts martiaux (rapport distance-temps entre les adversaires). Le film Le Dernier Samouraï, d’Edward Zwick, semble sincère mais plus inégal. Mettant en scène l’excellent Hiroyuki Sanada en maître d’armes, aux côtés de Tom Cruise et Ken Watanabe dans les rôles principaux, il sensibilise à l’importance du mushin (ou « non pensée »), mais l’on peut s’interroger sur la rapidité avec laquelle le héros occidental (certes, c’est le beau Tom, producteur, à qui rien ni personne ne résiste…) arrive à intégrer cet enseignement !
Le iaido ne constitue qu’une partie de l’art du sabre, une des manières dont se sont pérennisées et transmises les connaissances des samouraïs. Au sein de la pratique guerrière du sabre (kenjutsu), le iai est une technique particulière consistant à dégainer et couper l’adversaire dans un même mouvement. Cet exercice, au cœur du iaido (les séances d’entrainement commençant souvent par une pratique des dégainages/coupes dans les différentes directions, à une ou deux mains), trouve de très nombreuses illustrations dans la culture pop. Le manga Rurouni Kenshin par exemple met en scène un expert dans la technique de iai/battojutsu.
Le iaijutsu, technique guerrière, s’est ensuite transformé en iaido, voie de l’unité de l’être/de l’union des énergies selon les traductions. Certaines situations martiales, commençant sabre au fourreau puis se prolongeant, après dégainage, par divers déplacements et coupes selon les situations, ont été codifiées sous forme de katas. Ces katas se pratiquent essentiellement seuls, face à soi-même. L’adversaire disparaît, en apparence, le but n’étant pas de vaincre l’autre mais d’évoluer soi-même et en soi-même. Mais le bon pratiquant doit faire réapparaître cet adversaire, l’imaginer, pour que son kata soit réel, vivant, et non une succession de mouvements privés de sens. Le pratiquant ne doit pas être qu’en soi-même, il doit aussi être présent, conscient et en lien avec son environnement. Dans la très vaste littérature ou filmographie tirée de l’univers des samouraïs, il est plus rare qu’apparaissent de tels katas. Mais on peut en voir quelques exemples dans l’excellent film Après la pluie de Takashi Koizumi (à partir d’un des derniers scénarios d’Akira Kurosawa), ou encore dans le film Yakuza, de Sidney Pollack (1974).
[1] Le long métrage The Mandalorian, où le chasseur de primes lutte contre un de ses « collègues » dans un duel d’inspiration clairement nippone.
[2] Par exemple la série de bandes-dessinées Samurai, de Jean-François Di Giorgio et Frédéric Genêt, éditions Soleil.
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